Bonjour, une amie a obtenu ces informations contradictoires au sujet de l’interdiction des plantes médicinales :
Bonjour,
Un mail a été largement diffusé ces derniers temps sur Internet, nous invitant à regarder une vidéo alarmante et à signer une pétition pour la défense des médecines naturelles en Europe. La vidéo, dénonçant des causes légitimes, m'a toutefois semblé un peu excessive. Comme probablement beaucoup d'entre nous, j'ai quand même signé mais, informations prises auprès de réseaux fiables, je reçois ce matin la réponse d'Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen, écolo, et l'avis de la très rigoureuse association Nature & Progrès, à faire circuler maintenant en sens inverse car la désinformation ne peut que nuire aux causes qui nous animent...
Bien à vous,
Eugénie
Avis de Nature & Progrès:
Plantes médicinales bientôt interdites dans l'UE : C'EST FAUX, ARCHI FAUX
Décryptage : Les plantes médicinales ne seront pas interdites en EU.
L'information qui circule est en réalité de la désinformation dans le combat
qui oppose industrie pharmaceutique et industrie de la phytothérapie et des
compléments alimentaires. Formulé par cette dernière, le message vise à
créer de la pression sur les législateurs, avec appui de l'opinion public,
pour un affaiblissement de la législation sur les plantes médicinales
traditionnelles. Ce groupe d'industriels est en effet très mécontent de la
législation européenne qui offre la possibilité d'enregistrer officiellement
toute plante médicinale utilisée et reconnue depuis au moins 15 années dans
l'Union comme plante autorisée à la commercialisation, et ferme donc la
porte aux nouveaux produits de la phytothérapie (compléments alimentaires et
autres remèdes miracles). L'association ANH, mentionnée dans la vidéo qui
accompagne la pétition n'est pas une association de producteurs ni
d'herboristes. Il s'agit en réalité d'un bon vieux lobby de défense des
industriels des compléments alimentaires. Nous avons contacté cette
organisation par téléphone pour savoir si parmi leurs membres il y avait des
associations de producteurs, et ce n'est pas le cas. Le flou maintenu sur
leur site, et dans la vidéo devrait mettre la puce à l'oreille de ceux qui
reçoivent l'information...
Il faut aussi signaler que la législation en question permet l'enregistrement facilité de toute plante médicinale. En aucun cas ces plantes devront passer par les même canaux d'autorisation que les médicaments.
Subsiste par contre un réel problème de la directive 2004/24/CE et qui est
passé sous silence par la communication mensongère que l'on subit. Cette
directive fait partie d'une politique partiale et réductrice qui favorise
l'hégémonie des trois cultures actuellement dominantes au niveau mondial :
occidentale (officielle), chinoise et indienne (ayurvédique). Tous les
remèdes qui ne sont pas reconnu depuis minimum 30 ans (15 si provenant de
l'Union européenne) devront passer par des procédures, certes allégées, mais
longues d'agréments. Ce sont donc les défenseurs des médecines naturelles
mineures et traditionnelles (créole, tibétain, nigérien, cévenol, etc) qui
seront les plus touchés par la directive, à moins de prouver avec diligence
un passé d'utilisation conséquent. Le problème c'est que dans ces sociétés à
la connaissance encore fortement ancrée dans la tradition orale, il sera
plus difficile de récolter des preuves ?
Pour en savoir plus, lire la déconstruction point-par-point faite par
Thierry Thévenin (directeur du très respectable Syndicat Inter-Massifs pour
la Production et l?Economie des Simples Médecines) :
http://www.syndicat-simples.org/actuali ... -en-europe
Bien à vous
François de Gaultier
Nature & Progrès Belgique
ww.natpro.be -
http://www.docverte.be
Réponse d'Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen (les Verts) :
Bonjour,
Merci pour votre courriel et d'avoir pris la peine de nous écrire. En 2004, une nouvelle législation européenne a bien été adoptée afin de mettre en place une procédure spécifique d'enregistrement pour les produits médicinaux à base "d'herbes traditionnelles", connues et utilisées depuis au moins 30 ans (dont 15 ans au sein de la Communauté européenne).
Cette législation répond à des impératifs de santé publique, vise à supprimer les incohérences de statut dans les différents États membres et favorise ainsi la libre circulation de ces produits en Europe. De plus, la procédure d'enregistrement de ces produits est dite "simplifiée" (par rapport à celle des médicaments "classiques" ou "non-traditionnels") puisqu'elle n'exige par exemple aucune donnée récoltée en milieu médical pour prouver leur efficacité, et est donc de ce fait moins onéreuse.
Pour plus d'information sur ce texte, veuillez suivre ce lien (en anglais seulement):
http://ec.europa.eu/health/human-use/he ... dex_en.htm
Par ailleurs, la directive de 2004 prévoit effectivement une période de transition (ou de mise en conformité) de 7 ans pour les produits médicinaux à base d'herbes traditionnelles déjà présents sur le marché. Ce délai passé (1er avril 2011), rien n'empêchera un importateur ou producteur de produits médicinaux naturels d'introduire une demande d'enregistrement pour se mettre en ordre. En aucun cas donc, il s'agit ici "d'interdire les plantes médicinales dans l'UE", comme l'affirment certains articles qui circulent abondamment sur internet mais qui font de la désinformation. Cela étant dit, nous prenons bonne note du cas spécifique des produits chinois et indiens (et plus largement non-européen), et ne manquerons pas au sein du groupe des Verts de vérifier le nombre effectif d'enregistrement de ces plantes au cours de ces dernières années (le sujet vient d'être abordé à notre demande en commission Environnement du Parlement européen). Plus largement, nous souhaitions rappeler que les Ecologistes ont toujours été - et restent - des ardents défenseurs d'une médecine plurielle.
En espérant avoir pu éclaircir quelque peu ce dossier complexe, nous vous invitons toutefois à nous recontacter pour toute question ou remarque supplémentaire.
Mes salutations cordiales,
Isabelle Durant
Vice-présidente du Parlement européen