Un peu d'actualité scientifique

Un coin de détente pour parler d’un peu de tout, dans la bonne humeur et la cordialité !
Règles du forum

Un coin de détente pour parler d’un peu de tout, dans la bonne humeur et la cordialité !
Répondre
Avatar du membre
Eddy
membre
membre
Messages : 848
Enregistré le : 14 mai 2009 14:23
Prénom : Eddy
Localisation : Royaume-Uni
Contact :

Un peu d'actualité scientifique

Message par Eddy »

Bonsoir le forum,

Un peu d'actualité scientifique pour cette pause café. Je voudrais partager avec vous ce compte-rendu des journées des doctorants qui se sont tenues à l'INRA de Dijon ces mercredi 8, jeudi 9 et vendredi 10 juin. Je ne vais pas détailler l'ensemble des présentations qui ont été faites au cours de ce congrès : ce serait un long catalogue assez pénible à lire. Il me semble en revanche plus intéressant de vous donner un aperçu des thèmes qui ont été abordés à cette occasion, car ils illustrent selon moi bien des questions dont nous avons eu l'occasion de débattre sur ce forum.

Brièvement, ces journées sont organisées chaque année par les doctorants d'un centre INRA. Elles permettent aux thésards de se rencontrer pour partager leur expérience et discuter de leurs travaux. Y sont présents non seulement les doctorants dont la thèse est financée par le département Santé des Plantes et Environnement (SPE) de l'INRA, mais aussi ceux qui ont une bourse ministérielle, comme votre serviteur. C'est donc l'occasion rêvée de faire le point sur l'actualité en matière de recherche agronomique en France. Je voudrais aussi profiter de ce message pour adresser mes remerciements à Frédéric pour sa compréhension suite à notre rendez-vous bêtement manqué à cause des problèmes d'organisation du CROUS en matière de logement...
Phytopathologie
Le premier grand axe de recherche développé pendant le congrès concerne la compréhension du dialogue moléculaire qui s'établit entre les organismes phytopathogènes, quels qu'ils soient (bactéries, champignons, nématodes, oomycètes ou virus) et les plantes auxquelles ils s'attaquent. Ce dialogue moléculaire est en effet déterminant puisqu'il conduit soit à la résistance de l'hôte vis-à-vis de son agresseur, soit au développement de la maladie. Les travaux portent d'une part sur les éliciteurs ou facteurs d'avirulence, molécules qui permettent aux plantes de détecter la présence d'agresseurs et d'y répondre efficacement (les PAMP, de l'anglais Pathogen-Associated Molecular Pattern, mais aussi les DAMP ou Danger-Associated Molecular Pattern), et d'autre part sur les effecteurs ou facteurs de virulence, molécules par lesquelles les agents pathogènes leurrent les défenses mises en place par les plantes. À terme, ces travaux sur « l'immunité chez les plantes » devraient permettre d'élaborer des stratégies pour obtenir de nouvelles variétés moins sensibles à certains agents phytopathogènes. Il est intéressant de constater que la frontière entre recherche fondamentale et appliquée est ici très floue ; de plus, les sujets les plus proches de l'application agronomique abordent d'ores et déjà la question épineuse de la vitesse de contournement des résistances, et s'attachent à déterminer les conditions les plus favorables pour la ralentir (notamment : faut-il pratiquer la culture en alternance de plants aux résistances différentes, mélanger les résistances dans une même culture, ou obtenir des lignées multi-résistantes ?).
Agroécologie
Le deuxième grand axe de recherche concerne quant à lui l'étude de l'influence des espaces agricoles sur les insectes pollinisateurs, les plantes adventices (par exemple : le bleuet) et, de façon plus générale, sur l'environnement. À ces travaux s'ajoute l'étude des interactions symbiotiques, notamment les symbioses fixatrices d'azote, avec pour finalité de trouver des solutions innovantes pour réduire les épandages d'engrais. Il est en effet notoire que l'excès d'engrais et le lessivage des sols conduisent à des pollutions considérables telles que les blooms (prolifération massive de microorganismes, qui aboutit à l'asphyxie des organismes aquatiques et menace la pérennité de l'écosystème tout entier).
Modélisation
Le troisième et dernier axe de recherche concerne la modélisation des systèmes biologiques. C'est un domaine que je connais très peu. Les interventions m'ont donné l'impression d'un domaine prometteur mais difficile d'accès pour les non-spécialistes. En travaillant avec les écologistes et les biologistes moléculaires, les modélisateurs permettront de mieux comprendre la dynamique de propagation des maladies des plantes, mais également les phénomènes qui conduisent à la disparition de telle ou telle espèce ou, au contraire, à sa prolifération. Ces approches apportent une vision intégrée des systèmes biologiques qui aide à replacer les autres travaux dans un contexte plus large.

Il semble donc que les thématiques actuellement développées par l'INRA reflètent la volonté de développer des stratégies plus ciblées et plus efficaces que celles actuellement disponibles, avec le souci nouveau de ne pas dégrader à cette occasion l'environnement immédiat. Cependant, les objectifs ambitieux fixés par les politiques en matière d'agronomie, notamment la réduction de 50% des pesticides d'ici 2018, paraissent aujourd'hui quelque peu irréalistes, tant les domaines concernés ont encore de choses à comprendre avant de proposer des solutions applicables en champ. Les produits chimiques apportent une réponse rapide et peu spécifique au problème des maladies des plantes, mais plus ou moins dangereuse et source de pollutions. Les solutions issues de la recherche en biologie seront à n'en pas douter beaucoup plus spécifiques, et probablement moins polluantes, mais nous n'avons pas encore toutes les cartes en mains... À suivre donc, l'année prochaine, à Toulouse cette fois-ci !
Dijon
Pour terminer, quelques mots sur Dijon. J'ai beaucoup apprécié le charme de cette petite ville bien préservée, le palais des Ducs de Bourgogne, la légende de la chouette et du dragon, les ruelles calmes et la courtoisie des automobilistes. Le pain d'épices est excellent. Le restaurant universitaire est abominable, mais c'est de coutume partout en France. :lol: Et, comme il se doit, je peux détailler tout point de ce message sur demande.

Pour terminer, un lien vers mon poster.
Groupe "Le Naturaliste" sur Flickr
Micro Olympus BH2 DIC, darkfield, objectifs 10/0.4, 25/0.8, 40/1.3, 63/1.4, 100/1.4.
Photo Canon EOS 7D
Avatar du membre
Gerard78
membre
membre
Messages : 885
Enregistré le : 08 déc. 2009 18:34
Prénom : Gérard

Re: Un peu d'actualité scientifique

Message par Gerard78 »

Bonjour tous, Eddy,
Très intéressant que ce compte-rendu!
Rassure-toi, l'an prochain, tu devrais mieux te restaurer: le restau-U de Paul Sabatier était, au moins du temps où je le fréquentais, de qualité plus qu'acceptable!
Ceci mis à part, ce qui ressort de ta petite trilogie, dont je m'intéresse plus aux points (2) et (3), c'est que, pour le point 2, l'étude des impacts des intrants sur les écosystèmes se poursuit. Je suis très intéressé par le détail des axes de recherche INRA sur certes l'azote, mais aussi (et surtout, pour moi, au niveau des écosystèmes aquatiques) du phosphore. Il y a déjà des tonnes de travaux sur ces sujets, en France et ailleurs, mais je suis très curieux des pistes actuelles...
En ce qui concerne la modélisation, je suis un peu perplexe, car si on peut actuellement bien modéliser des variables physiques (en hydrologie par exemple), l'immense complexité des inter-relations dans les compartiments biologiques risque de conduire à d'énormes usines à gaz mathématiques, donc à une multiplicité de risques d'aléas...
Mais c'est intéressant sur le fond.
Plus "philosophiquement" (quoique...), je serais comblé si l'INRA se préoccupait (mais peut-être est-ce dans les tuyaux?) des impacts de la lutte biologique sur les espèces "non-cibles", ainsi que les risques environnementaux divers qui y sont liés (transferts, résistances acquises, etc...).
Ce compte-rendu est cependant la preuve que la science avance, malgré tout, et malgré surtout les multiples coupes budgétaires à visée de très court terme (disons à perspective d'un an... ;))...
Merci Eddy pour ce très utile partage d'informations!
Bonne journée!
Amicalement
Gérard
"Peu importe le grand nombre de cygnes blancs que nous puissions avoir observé, il ne justifie pas la conclusion que tous les cygnes sont blancs"
(Karl Popper, 1973)
Répondre

Retourner vers « Pause café »